La guerre des Paysans de 1525

Ce fut au cours de ce bref épisode révolutionnaire qu’un premier souffle de liberté souffla sur la campagne belfortaine.
La Renaissance et sa modernité balbutiante faisaient peser de plus en plus lourd sur les épaules des paysans les pratiques issues du Moyen-âge. Parmi ces pratiques, ils acceptaient de plus en plus mal l’autorité des engagistes. Ces engagistes étaient en général des créanciers de l’Empereur qui avaient obtenu des territoires en gage.
A Belfort, il s’agissait de la famille des Morimont. En tant que sujets de l’Empereur, les paysans ne comprenaient pas pourquoi ils devaient supporter le gouvernement de ceux qu’ils considéraient comme des parasites.
A partir de l’été 1524, les prédications de Luther enflammèrent tout le sud-ouest de l’Allemagne. Le feu s’étendit rapidement en Alsace. Belfort demeura un bastion catholique mais les paysans des alentours furent gagnés par l’agitation et la soif de libération de leurs voisins. Plus qu’une lutte religieuse, ce fut un conflit pour la liberté et la dignité qui s’engagea à Belfort.
Ce fut dans l’ancienne seigneurie du Rosemont que se situa le principal foyer d’agitation du Territoire. C’est de là que partirent les expéditions punitives des villageois et c’est là que naquit également le Chant du Rosemont.
Dans les premiers mois de 1525, la révolte s’étendit. Plusieurs milliers de Rosemontois s’attaquèrent à Belfort aux cris de « Déchaussez-vous, coqs de Belfort ! ». Ils s’emparèrent des animaux sans doute prélevés dans leurs villages. Quatre cents montagnards conduits par Jean André de Chaux, tête pensante du mouvement, oeuvraient pour obtenir plus de liberté... Cependant, à l’été, après l’ouverture de négociations à Bâle, la moisson mobilisa la plupart des insurgés et les tensions s’apaisèrent.
Bien que certains bourgeois se soient montrés favorables aux rebelles, allant parfois jusqu’à leur livrer du vin, cet épisode de l’histoire du territoire creusa les tensions entre les bourgeois et les paysans. Des procès contre les paysans du Sundgau furent lancés, des corvées oubliées ressurgirent… La crainte des bourgeois de perdre leurs franchises, comme l’avait menacé l’archiduc d’Autriche à la suite de la révolte paysanne, explique certainement cette hargne vengeresse contre les paysans.
Belfort demeura une cité atypique et ambiguë : durablement catholique dans un empire divisé et secoué par la Réforme, francophone dans un territoire germanique, sentinelle avancée de l’Autriche face à la France, la petite ville affiche et cultive ses différences.